mercredi 21 mars 2018

De la Brigade à la Pléiade






L'année 1553 est le point de départ de ce qui s'appelle d'abord la Brigade, réunion de poètes militants, comme leur nom l'indique, regroupés autour de Ronsard pour défendre le roi contre les protestants ; pas de distinction entre défendre la langue et défendre le roi : c'est un même combat. (certains textes de Ronsard ou de Jodelle sont de véritables appels au meurtre des protestants). Ronsard compose des listes de membres plus ou moins actifs (dans le Voyage d'Arcueil ou les Îles fortunées), avant de se fixer, en 1555, au chiffre magique de sept, comme les Muses. Et comme les étoiles de la Pléiade, plaisantent les protestants ; et, comme il arrive souvent, les poètes incriminés reprennent l'appellation et la revendiquent.
Il faut imaginer l'enthousiasme littéraire de ces jeunes gens, conscients de révolutionner l'institution. Depuis moins de dix ans (l'ordonnance de Villers-Cotterêts est de 1539), le latin, par décision royale, a été remplacé par le français dans les cours de justice, pour que les justiciables entendent quelque chose aux arrêts prononcés (« afin, dit le roi, qu'il n'y ait cause de douter sur l'intelligence desdits arrêts, nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et écrits si clairement, qu'il n'y ait ni puisse y avoir aucune ambiguïté, aucune incertitude, ni lieu de demander interprétation »). Mais il n'était pas encore question de prétendre que le français, aux règles encore mal définies, pourrait supplanter le latin dans les productions de l'esprit.
Malherbe, au début du xviie s., se moquera de la surabondance de leur discours, rarement maîtrisée. Mais, en quelques années, la Pléiade aura radicalement changé le ciel poétique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire